Maths Experte Nombres complexes complexesgéométriealignementorthogonalitéanglesracines de l'unitépolygone régulierensembles de points

Nombres complexes et géométrie

Résumé de cours, théorèmes et méthodes : interprétation géométrique du module et de l'argument de (c − a)/(b − a), alignement, orthogonalité, ensembles de points, transformations usuelles, racines n-ièmes de l'unité, ensemble 𝕌ₙ, polygones réguliers, somme des racines, cos(2π/5).

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Définitions

Définition 1 — affixe d’un vecteur, distance et angle. Le plan est muni d’un repère orthonormé direct (O ;u⃗,v⃗)(O\,;\vec u, \vec v). Pour des points A(a)A(a) et B(b)B(b) : le vecteur AB→\overrightarrow{AB} a pour affixe b−ab - a ; la distance vaut AB=∣b−a∣AB = |b - a| ; si A≠BA \neq B, arg⁡(b−a)\arg(b - a) est une mesure de l’angle orienté (u⃗,AB→)(\vec u, \overrightarrow{AB}). Pour deux vecteurs non nuls w⃗(z)\vec w(z) et w⃗′(z′)\vec w'(z') : (w⃗,w⃗′)=arg⁡z′z(\vec w, \vec w') = \arg\dfrac{z'}{z} (modulo 2π2\pi), d’après la relation de Chasles sur les angles orientés.

Définition 2 — racines nn-ièmes de l’unité. Soit n≥1n \geq 1. Une racine nn-ième de l’unité est un nombre complexe zz tel que zn=1z^n = 1. L’ensemble de ces nombres est noté Un\mathbb{U}_n.

Théorèmes et propriétés

Théorème 1 (module et argument du quotient). (démonstration exigible) Soit A(a)A(a), B(b)B(b), C(c)C(c) trois points avec B≠AB \neq A et C≠AC \neq A. Alors :

∣c−ab−a∣=ACABetarg⁡c−ab−a=(AB→,AC→)  [2π]\left|\frac{c - a}{b - a}\right| = \frac{AC}{AB} \qquad\text{et}\qquad \arg\frac{c - a}{b - a} = (\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{AC}) \ \ [2\pi]

Démonstration : le module d’un quotient est le quotient des modules, ∣c−a∣∣b−a∣=ACAB\dfrac{|c - a|}{|b - a|} = \dfrac{AC}{AB} ; l’argument d’un quotient est la différence des arguments, arg⁡(c−a)−arg⁡(b−a)=(u⃗,AC→)−(u⃗,AB→)=(AB→,AC→)\arg(c - a) - \arg(b - a) = (\vec u, \overrightarrow{AC}) - (\vec u, \overrightarrow{AB}) = (\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{AC}) par la relation de Chasles. □\square

Plus généralement, (AB→,CD→)=arg⁡d−cb−a(\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{CD}) = \arg\dfrac{d - c}{b - a}.

Théorème 2 (alignement et orthogonalité). Avec q=c−ab−aq = \dfrac{c - a}{b - a} (A≠BA \neq B, A≠CA \neq C) :

Propriété géométriqueCondition sur qq
A,B,CA, B, C alignésq∈Rq \in \mathbb{R} (argument 00 ou π\pi)
(AB)⊥(AC)(AB) \perp (AC), triangle rectangle en AAqq imaginaire pur non nul (argument ±π2\pm\dfrac{\pi}{2})
Triangle isocèle en AA$
Triangle rectangle isocèle en AAq=iq = i ou q=−iq = -i
Triangle équilatéralq=eiπ/3q = e^{i\pi/3} (direct) ou q=e−iπ/3q = e^{-i\pi/3} (indirect)
BB milieu de [AC][AC]q=2q = 2

Théorème 3 (ensembles de points). Pour A(a)A(a), B(b)B(b) (A≠BA \neq B), r>0r > 0 et M(z)M(z) :

ConditionEnsemble des points MM
∥z−a∥=r\|z - a\| = rCercle de centre AA et de rayon rr
∥z−a∥=∥z−b∥\|z - a\| = \|z - b\|Médiatrice de [AB][AB]
z−az−b∈R\dfrac{z - a}{z - b} \in \mathbb{R}, z≠bz \neq bDroite (AB)(AB) privée de BB
z−az−b\dfrac{z - a}{z - b} imaginaire pur non nulCercle de diamètre [AB][AB] privé de AA et BB
arg⁡(z−a)≡θ [2π]\arg(z - a) \equiv \theta \ [2\pi]Demi-droite d’origine AA (privée de AA) dirigée par eiθe^{i\theta}

Théorème 4 (transformations usuelles). Dans le plan complexe :

  • translation de vecteur w⃗(w)\vec w(w) : z′=z+wz' = z + w ;
  • homothétie de centre Ω(ω)\Omega(\omega) et de rapport k∈R∗k \in \mathbb{R}^* : z′−ω=k(z−ω)z' - \omega = k(z - \omega) ;
  • rotation de centre Ω(ω)\Omega(\omega) et d’angle θ\theta : z′−ω=eiθ(z−ω)z' - \omega = e^{i\theta}(z - \omega).

Pour la rotation : ΩM′=ΩM\Omega M' = \Omega M et (ΩM→,ΩM′→)=θ(\overrightarrow{\Omega M}, \overrightarrow{\Omega M'}) = \theta se traduisent par z′−ωz−ω=eiθ\dfrac{z' - \omega}{z - \omega} = e^{i\theta} (Théorème 1). Plus généralement, z↦az+bz \mapsto az + b avec a∈C∗a \in \mathbb{C}^* multiplie les longueurs par ∣a∣|a| et ajoute arg⁡a\arg a aux angles orientés : c’est une similitude directe.

Théorème 5 (description de Un\mathbb{U}_n). (démonstration exigible) Pour tout n≥1n \geq 1 :

Un={e2ikπ/n, k=0,1,…,n−1}\mathbb{U}_n = \left\{e^{2ik\pi/n},\ k = 0, 1, \ldots, n - 1\right\}

et ces nn nombres sont deux à deux distincts. Leurs images sont les sommets d’un polygone régulier à nn côtés inscrit dans le cercle trigonométrique, dont un sommet est le point 11. Cas particuliers : U2={1,−1}\mathbb{U}_2 = \{1, -1\} ; U3={1,j,j2}\mathbb{U}_3 = \{1, j, j^2\} avec j=e2iπ/3=−12+i32j = e^{2i\pi/3} = -\frac12 + i\frac{\sqrt3}{2} et j2=jˉj^2 = \bar j ; U4={1,i,−1,−i}\mathbb{U}_4 = \{1, i, -1, -i\}.

Démonstration : 00 n’est pas solution ; pour z=reiθz = re^{i\theta} (r>0r > 0), zn=rneinθ=1⋅ei0z^n = r^ne^{in\theta} = 1 \cdot e^{i0} équivaut à rn=1r^n = 1 (donc r=1r = 1) et nθ=2kπn\theta = 2k\pi, soit θ=2kπn\theta = \frac{2k\pi}{n}, k∈Zk \in \mathbb{Z}. La division euclidienne k=qn+k′k = qn + k' (0≤k′≤n−10 \leq k' \leq n - 1) montre qu’il suffit de prendre k∈{0,…,n−1}k \in \{0, \ldots, n - 1\}, et pour 0≤k<k′≤n−10 \leq k < k' \leq n - 1 on a 0<2k′πn−2kπn<2π0 < \frac{2k'\pi}{n} - \frac{2k\pi}{n} < 2\pi, donc les nn nombres sont distincts. □\square

Théorème 6 (propriétés de Un\mathbb{U}_n).

  • Un\mathbb{U}_n est stable par produit et par inverse : si zn=z′n=1z^n = z'^n = 1, alors (zz′)n=1(zz')^n = 1 et (1z)n=1\left(\dfrac1z\right)^n = 1 ; de plus 1z=zˉ\dfrac1z = \bar z.
  • Pour n≥2n \geq 2, la somme des racines nn-ièmes de l’unité est nulle : 1+ω+ω2+⋯+ωn−1=01 + \omega + \omega^2 + \cdots + \omega^{n-1} = 0 avec ω=e2iπ/n\omega = e^{2i\pi/n}. (démonstration exigible)

Démonstration (somme) : comme ω≠1\omega \neq 1, la somme géométrique vaut 1−ωn1−ω=1−11−ω=0\dfrac{1 - \omega^n}{1 - \omega} = \dfrac{1 - 1}{1 - \omega} = 0. □\square Géométriquement, l’isobarycentre des sommets d’un polygone régulier est son centre OO. Exemples : 1+j+j2=01 + j + j^2 = 0 ; 1+i+(−1)+(−i)=01 + i + (-1) + (-i) = 0.

Méthodes

Méthode 1 — déterminer la nature d’un triangle.

  1. Calculer q=c−ab−aq = \dfrac{c - a}{b - a} sous forme algébrique (multiplier par le conjugué du dénominateur), puis reconnaître si possible une forme exponentielle.
  2. Lire le module (ACAB\dfrac{AC}{AB}) et l’argument (angle en AA) grâce au Théorème 1.
  3. Conclure avec le tableau du Théorème 2 : réel = alignés, imaginaire pur = angle droit, ∣q∣=1|q| = 1 = isocèle, q=e±iπ/3q = e^{\pm i\pi/3} = équilatéral.

Exemple : A(0)A(0), B(2)B(2), C(2i)C(2i) : q=2i2=i=eiπ/2q = \dfrac{2i}{2} = i = e^{i\pi/2}, donc AC=ABAC = AB et angle droit en AA : triangle rectangle isocèle en AA.

Méthode 2 — déterminer un ensemble de points.

  1. Mettre la condition sous l’une des formes du Théorème 3 (attention aux signes : z−2+i=z−(2−i)z - 2 + i = z - (2 - i)).
  2. Traduire géométriquement : cercle, médiatrice, droite, cercle de diamètre [AB][AB].
  3. Si aucune forme ne se reconnaît, poser z=x+iyz = x + iy et obtenir une équation cartésienne.

Exemple : ∣z−2+i∣=3|z - 2 + i| = 3 est le cercle de centre Ω(2−i)\Omega(2 - i) et de rayon 33 ; ∣z−1∣=∣z+i∣|z - 1| = |z + i| donne (x−1)2+y2=x2+(y+1)2(x-1)^2 + y^2 = x^2 + (y+1)^2, soit y=−xy = -x : la médiatrice attendue.

Méthode 3 — utiliser une rotation.

  1. Écrire la formule du Théorème 4 : z′−ω=eiθ(z−ω)z' - \omega = e^{i\theta}(z - \omega).
  2. Remplacer et développer pour obtenir z′z' sous forme algébrique.
  3. Vérifier : une rotation conserve les distances (ΩM′=ΩM\Omega M' = \Omega M).

Exemple : image de B(2+i)B(2 + i) par la rotation de centre A(1)A(1) et d’angle π2\dfrac{\pi}{2} : z′=1+i(2+i−1)=1+i(1+i)=iz' = 1 + i(2 + i - 1) = 1 + i(1 + i) = i. Cas utiles : z↦izz \mapsto iz (rotation de centre OO, angle π2\frac{\pi}{2}), z↦−zz \mapsto -z (symétrie centrale), z↦zˉz \mapsto \bar z (symétrie d’axe réel).

Méthode 4 — résoudre zn=az^n = a (a≠0a \neq 0).

  1. Écrire a=ρeiφa = \rho e^{i\varphi} (ρ>0\rho > 0) et chercher z=reiθz = re^{i\theta} avec r>0r > 0.
  2. Identifier : rn=ρr^n = \rho donne r=ρ1/nr = \rho^{1/n}, et nθ≡φ [2π]n\theta \equiv \varphi \ [2\pi] donne θ=φ+2kπn\theta = \dfrac{\varphi + 2k\pi}{n}.
  3. Garder k=0,…,n−1k = 0, \ldots, n - 1 : les nn solutions sont une solution particulière multipliée par les éléments de Un\mathbb{U}_n.

Exemple : z3=8z^3 = 8 : z0=2z_0 = 2, puis 2j=−1+i32j = -1 + i\sqrt3 et 2j2=−1−i32j^2 = -1 - i\sqrt3, cohérent avec z3−8=(z−2)(z2+2z+4)z^3 - 8 = (z - 2)(z^2 + 2z + 4).

Méthode 5 — calculer cos⁡2π5\cos\dfrac{2\pi}{5} avec la somme des racines.

  1. Écrire la somme nulle des racines cinquièmes (Théorème 6) : 1+ω+ω2+ω3+ω4=01 + \omega + \omega^2 + \omega^3 + \omega^4 = 0 avec ω=e2iπ/5\omega = e^{2i\pi/5}.
  2. Regrouper les termes conjugués (ω4=ωˉ\omega^4 = \bar\omega, ω3=ω2‾\omega^3 = \overline{\omega^2}) : 1+2cos⁡2π5+2cos⁡4π5=01 + 2\cos\dfrac{2\pi}{5} + 2\cos\dfrac{4\pi}{5} = 0.
  3. Poser c=cos⁡2π5c = \cos\dfrac{2\pi}{5} et utiliser cos⁡4π5=2c2−1\cos\dfrac{4\pi}{5} = 2c^2 - 1 : on obtient 4c2+2c−1=04c^2 + 2c - 1 = 0, dont la racine positive est c=5−14≈0,309c = \dfrac{\sqrt5 - 1}{4} \approx 0{,}309.

Exemple : cette valeur, construite avec une racine carrée, explique que le pentagone régulier soit constructible à la règle et au compas (Éléments d’Euclide, livre IV). La même méthode donne les racines nn-ièmes d’un nombre complexe quelconque.

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