Maths Experte Graphes & Matrices Markovmatrice de transitiongraphe pondérédistributiondistribution invarianteprobabilitésétats

Chaînes de Markov

Résumé de cours, théorèmes et méthodes : chaînes de Markov à deux ou trois états, graphe orienté pondéré, matrice de transition, distribution initiale (matrice ligne), distribution après n transitions (démonstration), interprétation du coefficient (i,j) de P^n, distribution invariante et convergence, marche aléatoire, algorithme de simulation (Terminale, maths expertes).

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Définitions

Définition 1 — chaîne de Markov et propriété de Markov. Soit E={1,2}E = \{1, 2\} ou E={1,2,3}E = \{1, 2, 3\} un ensemble d’états. Une chaîne de Markov sur EE est une suite de variables aléatoires (Xn)n∈N(X_n)_{n \in \mathbb N} à valeurs dans EE telle que, pour tous états i,ji, j et tout entier nn, la probabilité pij=P(Xn+1=j∣Xn=i)p_{ij} = P(X_{n+1} = j \mid X_n = i) ne dépend ni de nn, ni des états occupés avant l’étape nn (propriété de Markov : « le futur ne dépend du passé qu’à travers le présent »). XnX_n est l’état du système à l’étape nn ; pijp_{ij} est la probabilité de transition de ii vers jj.

Définition 2 — matrice de transition et graphe pondéré. La matrice de transition est la matrice carrée P=(pij)P = (p_{ij}) : la ligne ii contient les probabilités des transitions au départ de ii, la colonne jj celles à l’arrivée en jj. Le graphe orienté pondéré associé a pour sommets les états, avec un arc de ii vers jj pondéré par pijp_{ij} lorsque pij≠0p_{ij} \neq 0 (une boucle si i=ji = j). Convention du programme : les distributions sont des matrices lignes et se multiplient à droite par PP.

Définition 3 — distribution à l’étape nn. La distribution (ou loi) de XnX_n est la matrice ligne πn=(P(Xn=1)  P(Xn=2))\pi_n = \big(P(X_n = 1) \ \ P(X_n = 2)\big) (ou avec trois coefficients pour trois états), à coefficients positifs de somme 11. π0\pi_0 est la distribution initiale.

Définition 4 — distribution invariante et état absorbant. Une distribution π\pi est invariante (ou stationnaire) si πP=π\pi P = \pi : si π0=π\pi_0 = \pi, alors πn=π\pi_n = \pi pour tout nn, la loi du système ne change plus. Un état ii est absorbant si pii=1p_{ii} = 1 : une fois atteint, on y reste, et la distribution concentrée sur ii est invariante.

Exemple fil rouge (météo) : chaque jour est ensoleillé (SS) ou pluvieux (RR) ; après un jour de soleil, soleil le lendemain avec probabilité 0,70{,}7 ; après un jour de pluie, soleil avec probabilité 0,40{,}4. Le temps du lendemain ne dépend que du temps du jour : c’est une chaîne de Markov à deux états, de matrice P=(0,70,30,40,6)P = \begin{pmatrix} 0{,}7 & 0{,}3 \\ 0{,}4 & 0{,}6 \end{pmatrix} (ordre S,RS, R). Les cercles du graphe figurent les boucles (rester dans le même état).

Théorèmes et propriétés

Théorème 1 (matrice stochastique). (démonstration exigible) Tous les coefficients de PP sont dans [0 ;1][0\,;1] et la somme de chaque ligne vaut 11 : ∑jpij=1\displaystyle\sum_{j} p_{ij} = 1 pour tout ii. On dit que PP est une matrice stochastique.

Démonstration : la ligne ii est la loi de Xn+1X_{n+1} sachant Xn=iX_n = i, et les probabilités d’une loi ont pour somme 11. □\square Dans le graphe pondéré, la somme des poids des arcs partant de chaque sommet vaut 11.

Théorème 2 (évolution de la distribution). (démonstration exigible) Pour tout entier naturel nn :

πn+1=πnPetπn=π0Pn\pi_{n+1} = \pi_n P \qquad \text{et} \qquad \pi_n = \pi_0 P^n

Démonstration : les événements {Xn=i}\{X_n = i\}, i∈Ei \in E, forment une partition de l’univers. D’après la formule des probabilités totales, pour tout état jj : P(Xn+1=j)=∑i∈EP(Xn=i) P(Xn+1=j∣Xn=i)=∑i∈Eπn(i) pijP(X_{n+1} = j) = \sum_{i \in E} P(X_n = i)\, P(X_{n+1} = j \mid X_n = i) = \sum_{i \in E} \pi_n(i)\, p_{ij}, qui est le coefficient jj du produit πnP\pi_nP. Puis par récurrence : π0=π0P0\pi_0 = \pi_0P^0 et si πn=π0Pn\pi_n = \pi_0P^n, alors πn+1=πnP=π0Pn+1\pi_{n+1} = \pi_nP = \pi_0P^{n+1}. □\square

Théorème 3 (interprétation de PnP^n). Le coefficient (i,j)(i, j) de PnP^n est la probabilité de passer de l’état ii à l’état jj en nn transitions :

(Pn)ij=P(Xn=j∣X0=i)(P^n)_{ij} = P(X_n = j \mid X_0 = i)

Preuve : si l’on part avec certitude de l’état ii, π0\pi_0 est la ligne ayant un 11 en position ii et des 00 ailleurs ; alors πn=π0Pn\pi_n = \pi_0P^n est la ligne ii de PnP^n (Théorème 2). □\square On peut aussi le démontrer par récurrence, comme pour le nombre de chemins dans un graphe : (Pn+1)ij=∑k(Pn)ik pkj(P^{n+1})_{ij} = \sum_k (P^n)_{ik}\,p_{kj} traduit « aller de ii à kk en nn étapes puis de kk à jj en une étape », les nombres d’arêtes étant remplacés par des probabilités.

Théorème 4 (convergence vers la distribution invariante). (admis) Si tous les coefficients de PP sont strictement positifs (ou plus généralement si une puissance PkP^k a tous ses coefficients strictement positifs), la chaîne admet une unique distribution invariante π\pi, et pour toute distribution initiale π0\pi_0, la suite (πn)(\pi_n) converge vers π\pi. De plus, PnP^n converge vers la matrice dont toutes les lignes sont égales à π\pi.

Contre-exemple : P=(0110)P = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix} (on change d’état à chaque étape) : (0,5  0,5)(0{,}5 \ \ 0{,}5) est invariante, mais partant de π0=(1  0)\pi_0 = (1 \ \ 0) la suite (πn)(\pi_n) alterne entre (1  0)(1 \ \ 0) et (0  1)(0 \ \ 1) et ne converge pas ; aucune puissance de PP n’a tous ses coefficients strictement positifs (PnP^n vaut II ou PP).

Méthodes

Méthode 1 — passer du graphe pondéré à la matrice de transition (et inversement).

  1. Numéroter les états dans l’ordre de l’énoncé.
  2. Remplir la ligne ii avec les poids des arcs qui partent de ii (boucle = coefficient diagonal, absence d’arc = 00).
  3. Contrôler que chaque ligne somme à 11 (Théorème 1) : aucune probabilité n’a été oubliée.

Exemple : états SS, RR avec boucle 0,80{,}8 sur SS, arc S→RS \to R de poids 0,20{,}2, arc R→SR \to S de poids 0,50{,}5 et boucle 0,50{,}5 sur RR : P=(0,80,20,50,5)P = \begin{pmatrix} 0{,}8 & 0{,}2 \\ 0{,}5 & 0{,}5 \end{pmatrix}.

Méthode 2 — calculer la distribution après nn transitions.

  1. Écrire la distribution initiale π0\pi_0 en matrice ligne.
  2. Calculer π1=π0P\pi_1 = \pi_0P, π2=π1P\pi_2 = \pi_1P… ou directement πn=π0Pn\pi_n = \pi_0P^n à la calculatrice (Théorème 2).
  3. Contrôler que la somme des coefficients vaut 11 ; lire la probabilité demandée.

Exemple (météo, départ soleil) : π0=(1  0)\pi_0 = (1 \ \ 0), π1=(0,7  0,3)\pi_1 = (0{,}7 \ \ 0{,}3), π2=(0,61  0,39)\pi_2 = (0{,}61 \ \ 0{,}39) : la probabilité de pluie dans deux jours est 0,390{,}39 ; à la calculatrice, π10=(1  0)P10≈(0,571  0,429)\pi_{10} = (1 \ \ 0)P^{10} \approx (0{,}571 \ \ 0{,}429).

Méthode 3 — déterminer la distribution invariante.

  1. Poser π=(a  b)\pi = (a \ \ b) (ou (a  b  c)(a \ \ b \ \ c)) et écrire πP=π\pi P = \pi.
  2. Les équations obtenues sont redondantes (les lignes de PP somment à 11) : en garder une (deux pour trois états) et la compléter par a+b=1a + b = 1 (ou a+b+c=1a + b + c = 1).
  3. Résoudre le système ; vérifier en recalculant πP\pi P. Si tous les coefficients de PP (ou d’une puissance de PP) sont strictement positifs, conclure à la convergence de (πn)(\pi_n) vers π\pi (Théorème 4).

Exemple (météo) : 0,7a+0,4b=a0{,}7a + 0{,}4b = a donne 0,3a=0,4b0{,}3a = 0{,}4b ; avec a+b=1a + b = 1 : a=47≈0,571a = \frac47 \approx 0{,}571 et b=37b = \frac37. À long terme, il fait soleil environ 44 jours sur 77, cohérent avec π10\pi_{10}.

Méthode 4 — étudier une marche aléatoire sur un graphe.

  1. Un pion se déplace sur les sommets en choisissant au hasard, de façon équiprobable, l’un des sommets adjacents : diviser chaque ligne de la matrice d’adjacence par le degré du sommet pour obtenir PP.
  2. Vérifier que chaque ligne somme à 11 (Théorème 1).
  3. La distribution invariante est proportionnelle aux degrés : π(i)=d(i)2×(nombre d’areˆtes)\pi(i) = \dfrac{d(i)}{2 \times (\text{nombre d'arêtes})}.

Exemple : sur le triangle A−B−C−AA - B - C - A, chaque sommet a deux voisins : P=(012121201212120)P = \begin{pmatrix} 0 & \frac12 & \frac12 \\ \frac12 & 0 & \frac12 \\ \frac12 & \frac12 & 0 \end{pmatrix} et π=(13  13  13)\pi = \left(\frac13 \ \ \frac13 \ \ \frac13\right). C’est le point de départ de l’algorithme PageRank, qui classe les pages web selon la fréquence de visite d’un « surfeur aléatoire ».

Méthode 5 — simuler une chaîne de Markov.

  1. Pour calculer πn\pi_n : itérer le produit ligne-matrice (fonction etape).
  2. Pour simuler une trajectoire : tirer l’état suivant selon la ligne P[etat], en découpant [0 ;1[[0\,;1[ en intervalles de longueurs pi1,pi2,…p_{i1}, p_{i2}, \ldots et en regardant où tombe un nombre aléatoire.
  3. Comparer la fréquence simulée à la distribution invariante (Méthode 3).
import random

P = [[0.7, 0.3],
     [0.4, 0.6]]          # matrice de transition (états 0 = soleil, 1 = pluie)

def etape(P, pi):
    """Calcule pi P pour une matrice ligne pi."""
    k = len(P)
    return [sum(pi[i] * P[i][j] for i in range(k)) for j in range(k)]

pi = [1, 0]
for _ in range(10):
    pi = etape(P, pi)
print(pi)                  # environ [0.571, 0.429]

def simuler(P, etat, n):
    """Simule n transitions à partir de l'état donné et renvoie l'état final."""
    for _ in range(n):
        r = random.random()
        cumul, j = 0, 0
        while cumul + P[etat][j] < r:
            cumul += P[etat][j]
            j += 1
        etat = j
    return etat

# fréquence de soleil au 10e jour sur 10 000 simulations : proche de 4/7
freq = sum(simuler(P, 0, 10) == 0 for _ in range(10000)) / 10000
print(freq)

Exemple : la fréquence obtenue par simulation (environ 0,570{,}57) confirme la distribution invariante (47  37)\left(\frac47 \ \ \frac37\right) calculée par la Méthode 3.

Exemple complet à trois états (opérateurs AA, BB, CC, graphe ci-dessus) : P=(0,50,500,20,60,200,50,5)P = \begin{pmatrix} 0{,}5 & 0{,}5 & 0 \\ 0{,}2 & 0{,}6 & 0{,}2 \\ 0 & 0{,}5 & 0{,}5 \end{pmatrix}. La Méthode 3 donne π=(29  59  29)\pi = \left(\dfrac29 \ \ \dfrac59 \ \ \dfrac29\right) et, comme P2P^2 a tous ses coefficients strictement positifs, les parts de marché convergent vers 22,2 %22{,}2\,\%, 55,6 %55{,}6\,\% et 22,2 %22{,}2\,\% quelle que soit la répartition initiale (Théorème 4).

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